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“Les impatientes” de Djaili Amadou Amal dans le top 5 des livres les plus lus en Guyane.

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“Les impatientes” de Djaili Amadou Amal dans le top 5 des livres les plus lus en Guyane.

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Le roman "les impatientes" de Djaili Amadou Amal dans le top 5 des livres les plus lus en Guyane

“Les impatientes” le roman de Djaili Amadou Amal qui a été auréolé en décembre dernier du prestigieux prix Goncourt des lycéens est classé en troisième position dans le top 10 des livres les plus lus en Guyane selon le magazine franceguyane.fr.

Si au début du roman, il est précisé que l’œuvre est une pure fiction, il n’en demeure pas moins qu’elle ait été fortement inspirée par la vie de l’écrivaine et raconte des faits qui sont encore d’actualité chez les femmes camerounaises du sahel.

Dans son roman “les impatientes”, l’activiste camerounaise nous plonge dans le quotidien de trois femmes qui dévoilent chacune à sa façon les méandres de la polygamie, du mariage forcé et des conséquences qui en découlent; la violence sous ses formes les plus abjectes: verbale, économique et physique avec un accent sur le viol conjugal.

Le livre “les impatientes” qui a été finiliste des prix Goncourt 2020 a reçu plusieurs reconnaissances internationales entre autres les prix: Goncourt des Lycéens 2020, Orange du livre en Afrique 2019, meilleure auteure africaine 2019.

Sur le plan national, le roman “les impatientes” fait la fierté du Cameroun entier, une invitation spéciale de Djaili Amadou Amal au palais de l’unité par la première dame du Cameroun Chantal Biya a donc été une suite logique.

“Les impatientes”, c’est plus qu’un chef-d’œuvre littéraire, mais surtout une vitrine qui met en exergue les maux profonds qui minent le quotidien des femmes du sahel.

Découvrez l’une des critiques du livre ci-dessous pour avoir idée du voyage plein d’émotion qui vous attend dans cet ouvrage ou procurez-vous directement le roman “Les impatientes” sur Amazon en format numérique et broché.

Une critique du roman “Les impatientes” de Djaili Amadou Amal.

Les impatientes, Djaïli Amadou Amal, éd. Emmanuelle Collas

Trois récits de femmes peules. Nous sommes au Cameroun, chez les Peuls sédentarisés. Musulmans, pétris de tradition, qui vivent dans des concessions, entourées de très hauts murs qui empêchent de voir à l’intérieur : la maison du mari, une terrasse couverte (le hangar) où l’on reçoit et les maisonnées des épouses où les hommes ne pénètrent jamais. Chacune la sienne, chacune sa semaine, et une coépouse ne peut s’entretenir avec son mari, si ce n’est sa semaine, que par l’entremise de l’épouse « de tour ». Par tradition, par orgueil, par jalousie, par vanité, chacune attend sa semaine avec impatience. La famille est non loin, mais la femme, une fois mariée n’est pas autorisée à aller la voir ni à lui rendre la moindre visite sans l’autorisation de l’époux. Ce serait la transgression absolue, la honte sur la lignée. Pour la femme, le risque de la répudiation ; pour les enfants de la coupable, un avenir irrémédiablement compromis. Les mariages ne sont pas commandés par l’amour, ils sont arrangés comme le dicte le souci des relations sociales : « L’amour n’existe pas avant le mariage. On n’est pas chez les Blancs ici. Ni chez les Hindous. » «  N’épouse pas qui tu aimes. Épouse celui qui t’aime si tu veux être heureuse ».

Avec simplicité, un réel talent de conteuse, sans faire la leçon à quiconque, l’autrice, Camerounaise, elle-même peule et musulmane, nous raconte trois tranches de vie des ces réclusions forcées.

Ramla, élève brillante au fort caractère, est amoureuse d’un jeune prétendant que son père lui promet avant de se raviser pour faire plaisir à un partenaire d’affaires qui a plus de trente ans qu’elle, et qui est déjà marié. Elle nous raconte l’annonce de la nouvelle, les recommandations de la famille, le rituel de la préparation au mariage, l’épilation, les bains, les onguents, l’odeur de bois d’acacia et de santal, les cadeaux qui précèdent, le marabout qui fait la leçon, les griots le spectacle, les mobylettes du bruit pour donner sa dimension à l’événement, les hommes fiers et les femmes, taisantes, « les yeux rougis » qui «  revivent leur propre mariage ». Tout est dit.

Sa sœur Hindou, n’est amoureuse de personne, mais on la marie à un cousin alcoolique, drogué et violent. C’en est trop. Elle s’enfuit. La rumeur la retrouve, on la ramène et on la punit en la frappant, ainsi que sa mère dont on juge le silence complice. C’est terrible. Hindou accouche d’une petite fille et devient folle.

Le récit de Safira est d’une autre nature. Elle est la daada-saaré, la première épouse, qui a un statut à part, privilégié si l’on osait écrire. On lui annonce que son époux va prendre une co-épouse. Elle aime son mari et en crève de jalousie. Son récit est celui de la douleur et des stratagèmes qu’elle fomente dans une obstinée et cocasse vengeance par amour.

On se souvient de « Amkoullel l’enfant peul » du Malien Amadou Hampaté Bâ qui nous avait émus à l’époque sur la richesse des traditions orales de ce grand peuple africain. La force de celui de Djaïli Amadou Amal tient à sa solide franchise, au ton tranquille avec lequel elle nous dit les choses. Le propos n’est pas à l’indignation ni, au fond, au mépris des hommes. C’est la sèche condamnation d’un système. Mais une condamnation sans appel.

Ce livre figure sur la dernière liste du Prix Goncourt. Dans son pays et en Afrique, Djaïli Amadou Amal, déjà maintes fois récompensée, est une femme de premier plan, une Toni Morrison de la cause des femmes. Qui ne déteste ni l’Islam ni les Peuls. Une femme libre. C’est impressionnant.

Joel Boyer
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