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Problématique de l’entrepreneuriat feminin au Cameroun

Experte Femme entrepreneure

Problématique de l’entrepreneuriat feminin au Cameroun

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Entrepreneuriat féminin au Cameroun

Context international 

La Communauté Internationale, préoccupée par la situation socio-économique défavorable des femmes de par le monde, a entrepris de l’améliorer par la mise en place de nombreux instruments juridiques.  Plusieurs engagements pris, lors des sommets stratégiques aux Nations Unies ont dès lors placé la femme au centre d’un développement économique au plan mondial. C’est ainsi que l’autonomisation économique des femmes est encouragée par des règles et normes reconnues au niveau international dont les plus connues sont : le Programme d’Action de Beijing, les Conventions de l’OIT, la Convention sur l’Elimination de toutes les formes de Discrimination à l’Égard des Femmes, le Pacte International relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

Au plan africain, l’intérêt des dirigeants pour le développement de l’entrepreneuriat féminin au niveau continental s’est manifesté de façon plus accrue dès le début des années 2000, compte tenu de leur appréciation des enjeux que cela représentait pour le développement de l’Afrique. Les Chefs d’États et de Gouvernements ont pris plusieurs engagements lors de rencontres relatives au développement économique de l’Afrique. Au cours du Sommet sur l’emploi et la réduction de la pauvreté en Afrique en 2004 à Ouagadougou, organisé avec l’appui du BIT, dans le cadre du Programme des Pays pour le Travail Décent (PPTD), l’accent a été mis sur le rôle moteur de l’entrepreneuriat féminin en matière de génération d’emplois et de réduction de la pauvreté. La 11ème réunion de l’Union Africaine tenue à Addis-Abeba, le 11 mars 2007 a consacré le développement de l’entrepreneuriat féminin comme un secteur prioritaire d’actions et la reconnaissance du rôle primordial des femmes entrepreneures dans l’économie.

En outre, il faut noter la proclamation de la Décennie de la Femme Africaine, 2010-2020, lancée en octobre 2010 dont les domaines prioritaires portent sur : i) l’autonomisation économique des femmes ; ii) l’augmentation de l’accès des femmes aux terres et aux intrants agricoles ; iii) l’accès au crédit et à la technologie ; iv) l’accès au marché. Il s’agit d’un mécanisme créé pour accélérer la mise en œuvre des objectifs énoncés dans les différents instruments juridiques (Conventions, Protocoles, Déclarations adoptés par l’Union Africaine).

Dix ans plus tard, rendus pratiquement à la fin de ladite Décennie de la Femme Africaine, il serait intéressant de jeter un regard sur la situation de l’entrepreneuriat féminin au Cameroun. 

L’entrepreneuriat féminin au Cameroun

Le Gouvernement du Cameroun a signé en octobre 2014, le Programme Pays pour le Travail Décent (PPTD) afin de promouvoir le travail décent pour tous. Ce dernier regroupe le Gouvernement, les organisations d’employeurs et de travailleurs et les partenaires techniques et financiers dont le chef de file est l’OIT.

C’est au niveau de la Priorité 1 : « Accroissement des opportunités d’emplois décents et promotion des Activités Génératrices de Revenus (AGR) notamment pour les femmes, les jeunes et les groupes vulnérables » que la mise en œuvre du Plan d’Action National pour le Développement de l’Entrepreneuriat Féminin (PANDEF) élaboré par le BIT a été planifiée. Il s’agit ici de « Promouvoir une nouvelle génération de femmes chefs d’entreprises plus dynamiques et plus nombreuses, capables de gérer des entreprises durables pour des emplois décents favorables à la croissance, afin de sortir de la pauvreté »

Les femmes constituent un potentiel et une force de travail relativement importants ; plus de la moitié de la population (50,8%). Elles assurent la quasi-totalité de la production vivrière destinée à nourrir de nombreuses populations dans les zones urbaines. De nombreuses activités génératrices de revenus et de multiples projets réalisés par les femmes participent à l’accroissement de la richesse nationale du pays, tout en créant des emplois qui contribuent à l’épanouissement de la femme et de la famille. Malgré ce dynamisme avéré, la situation économique de la femme reste assez précaire.

Faible représentativité  

Les femmes représentent 29% des entrepreneurs au Cameroun. Ceci traduit la faible représentativité des femmes dans l’entrepreneuriat au niveau du secteur formel. Lorsqu’on s’intéresse à l’âge des promoteurs, ceux de moins de 25 ans sont majoritairement des hommes (65%) contre 34% de femmes. De même, au-delà de 55 ans, la proportion de femmes est très faible, 14% pour cette tranche d’âge.

L’annuaire statistique 2015 du MINPROFF, montre la répartition des effectifs des promoteurs par secteur ; il en découle que les femmes sont absentes dans les domaines de la sylviculture, la pêche et la pisciculture (0%). Elles sont très peu représentées dans les domaines de l’extraction (5%), l’élevage (8%), les transports (9%), l’agriculture (15%), banque et assurance (18%), le commerce (29%). 

La Représentativité des femmes dans les regroupements professionnels est également faible. Cette faible représentativité des femmes est plus saillante lorsque l’on considère les entreprises membres du GICAM. Seule une femme dirige une entreprise membre du GICAM dans le secteur des industries (contre 52 pour les hommes), aucune ne dirige une des onze associations membres du GICAM. Elles sont plus nombreuses à diriger les entreprises dans le secteur des services, mais représentent à peine 9% dans cette catégorie.

Les femmes dirigent 54,4% des entreprises informelles contre 45,6% chez les hommes. La main-d’œuvre est composée majoritairement des travailleurs pour compte propre (70,6%). Cette proportion est plus élevée chez les femmes (75,9%) que chez les hommes (64,6%). Les unités de production informelles dirigées par les hommes ont une structure par secteur d’activité différente de celle des femmes. En effet, 40,1% des unités dirigées par les hommes opèrent dans les services, 32,2% dans le commerce et 27,7% dans l’industrie. Chez les promotrices des activités informelles par contre, l’on observe que la plupart exercent dans l’industrie (39,6%) ; le reste étant partagé entre le commerce (34,8%) et les services (25,6%).

Persistance de nombreux obstacles

L’OIT indique que les attitudes sociétales et les normes sociales empêchent certaines femmes d’envisager la création d’entreprise, tandis que des obstacles systémiques font que de nombreuses femmes entrepreneures restent confinées à de très petites entreprises opérant dans l’économie informelle. Cette situation non seulement limite leur capacité de gagner un revenu pour elles-mêmes et leurs familles, mais restreint également leur vrai potentiel de contribuer au développement socioéconomique, à la création d’emplois et à la protection de l’environnement. 

Le cadre juridique, institutionnel, et les différents mécanismes mis en place par le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, ainsi que ses partenaires techniques et financiers tendent à promouvoir la pleine participation des femmes au développement. Une Politique Nationale de l’Entrepreneuriat Féminin a été élaborée en 2016, aux fins justement d’impulser la pleine participation de la femme aux activités économiques. Cependant, elles restent confrontées à diverses difficultés qui entravent l’accélération de la progression vers l’égalité entre les sexes et l’autonomisation économique de la femme. 

Ces difficultés sont fortement liées à un environnement des affaires peu favorable, à l’insuffisance de ressources humaines, financières, matérielles, techniques, informationnelles, et organisationnelles. Les contraintes et problèmes majeurs sont les suivants :

Les obstacles/facteurs individuels : le manque de confiance en soi ; le poids des préjugés, générateurs d’autocensure ; les limites liées aux filières de formation initiale et métiers sexués ; le faible accès à la formation professionnelle et continue ; l’isolement et le déficit de modèles managériaux ; la difficile articulation entre vie professionnelle et vie familiale, la répartition inégale des responsabilités familiales et des tâches ménagères … 

Les obstacles liés aux structures publiques et privées d’encadrement de l’entrepreneuriat féminin :  accès à la propriété foncière, aux ressources financières, matérielles, aux technologies et aux services, au contrôle des ressources et des biens produits, une législation en matière de droit de propriété, de mariage, d’héritage et/ou pratiques culturelles discriminatoires …

Les obstacles liés à l’environnement/climat des affaires :  la fiscalité, la corruption, l’accès aux services financiers adaptés aux besoins spécifiques des femmes, les formalités administratives, la concurrence déloyale, les infrastructures, la mobilité et l’accès aux informations et aux réseaux limités et l’éducation financière.

Une note d’espoir

Malgré ces obstacles, les Camerounaises restent très dynamiques ainsi que l’indique un récent reportage de France 24 « Au Cameroun, l’entrepreneuriat féminin a le vent en poupe, porté par des femmes audacieuses qui défient les clivages d’une société patriarcale. Des énergies renouvelables au placement du personnel en passant par l’industrie métallurgique : elles se sont imposées dans de nombreux secteurs. Jonglant entre travail, famille et vie personnelle, ces guerrières de l’entrepreneuriat ont réussi à surmonter les obstacles dressés sur leur chemin pour faire du Cameroun le troisième pays d’Afrique à compter le plus grand nombre d’entrepreneuses, derrière le Nigéria et l’Afrique du Sud ». 

Par Juliette Etoke Gambe

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